Plume de chat
par Fourrure le 27/06/2009 à 21h44
Il est venu quelques jours avant Noël.
Si frêle et si fragile qu'on n'osait le toucher, de peur de le bousculer.
19 ans de siamois, 19 longues années.
Il ne voulaient plus manger, un peu déshydraté, il vomissait les quelques bribes ingérées.
Winnie semblait léger, si léger, une plume de fourrure grise marquée de noir, mal toiletté, un peu collé, un peu déséquilibré.
Il hésitait, sur le bord de la table, oscillant, balançant, n'osant pas sauter. Sa maîtresse l'avait caressé, ramené, plus en sécurité, il n'aurait sans doute pas su se rattraper.
J'avais imaginé une IRC, j'avais commencé à la préparer.
Mais Winnie n'était pas en crise d'urée. Winnie avait un diabète sucré.
Qui aurait pu croire qu'à 19 ans, un diabète sucré se guérissait ?
Pouvait-on espérer le stabiliser ?
Une petite tumeur, un épuisement du pancréas ou une inflammation chronique jamais soupçonnée, qui sait ? Peu importe : trop de sucre dans le sang, pas assez dans ses muscles, trop dans son cerveau, dans ses urines, un organisme complètement déséquilibré parce que l'insuline n'était plus correctement secrétée. L'insuline qui régule les taux de sucre, l'insuline qui équilibre à chaque instant besoins et apports, celle que nous pouvions peut-être lui apporter.
Il faudrait plusieurs jours pour le rééquilibrer. Ajuster les doses, contrôler, vérifier, faire manger, hydrater, perfuser, caresser.
Accompagner.
Dans quelques jours, sa famille devait s'absenter. Pour les fêtes. Et malgré les dix-neuf années de vie partagée, elle ne pouvait pas repousser.
Winnie passerait Noël à la clinique. Hospitalisé. Câliné, caressé, soigné, mais hospitalisé.
Elle savait que, peut-être, elle ne pourrait pas le retrouver. Nous étions le 23, dans 5 jours, le 28, elle reviendrait.
Il serait peut-être mort.
Alors Winnie est resté. Le traitement fonctionnait, un peu, pas assez, mais surtout, il ne voulait pas manger. Les choses s'équilibraient, Noël approchait, et Winnie restait.
Tout seul, dans sa cage. Si ça se trouvait, le 25, je n'aurais pas à aller à la clinique si personne ne m'appelait. C'est bien entendu uniquement pour m'éviter quelques aller-retours indispensables à son traitements et au contrôle que... je l'ai ramené. Je suis entré dans la chambre, il était 21h00 passées. Chouette réveillon. J'avais un panier, un flacon d'insuline dans sa poche isotherme, quelques aiguilles et seringues, un lecteur de glycémie, et Winnie.
Ma femme a découvert cette plume de chat fatigué, venu se frotter contre sa main, avançant sur la couette à pas légers, avant de venir se coucher. Au grand dam de nos deux chats, particulièrement outrés.
Alors nous l'avons caressé.
Câliné.
Soigné,
Hydraté.
Mais pas moyen de le faire manger.
Enfin... pas les aliments pour chats diabétiques, en tout cas. Ni les autres.
Mais bien du pâté de sanglier. Fait maison...
Juste une fois : après, il n'était plus intéressé.
Le lendemain, foie gras. S'il-vous-plaît. Mais une seule fois.
?ufs brouillés.
Poulet grillé.
Saumon fumé.
Bouchée par bouchée, lentement mâchées, difficilement avalées. Une seule fois.
Dans la chambre, cela sentait le pâté, le foie gras, le saumon et les ?ufs, il n'était plus intéressé.
Son diabète s'équilibrait. Moi, j'allais et venais.
Il est resté à la maison, sur le lit, presque jusqu'au bout, jusqu'au retour de sa propriétaire. Je l'ai rendu, lui ai conseillé tout ce que nous n'avions pas essayé. Winnie partait, de plus en plus léger, il ronronnait, profitait, mais il mourait.
La plume de chat est partie deux jours plus tard. Entouré.
Le diabète ? Equilibré, mais... à 19 ans, c'était trop espérer.
A pas légers, si légers, sur ma couette, il s'était étiré.
Il avait ronronné.
So long
par Fourrure le 26/06/2009 à 21h25
Le son, et la danse. Des souvenirs d'enfance, un peu de jeunesse qui s'enfuit, Michael Jackson était à mon insu une icône immuable d'un âge perdu dont je ne regrette pas grand chose. Dans ma mémoire, il ne changeait pas, il ne bougeait pas, quels que soient les scandales ou les traits de son visage ravagé.
Une de ces choses que l'on tient pour acquises, au sujet desquelles on ne se pose plus de questions. Elles sont.
Et puis...
Elles ne sont plus.
Comment gère-t-on ça ? Que se passera-t-il quand d'autres piliers ne seront plus là ? Des piliers plus intimes, plus essentiels ? Quand la mort que je touche quotidiennement vient frapper par une autre porte, je me sens plus fragile. Pourtant...
Pourtant je ne suis pas un fan de Michael Jackson. A vrai dire, je ne crois pas posséder un seul de ses CD. Je ne les ai jamais écoutés en boucle. Ils sont d'autant plus, pour moi, indissociables de souvenirs clefs d'un autre temps. D'une fascination pour ses pas. Pour ses mains gantées de blanc. Mes madeleines sont musicales.
Peter Pan n'existe pas. Mais je me souviens bien de lui.
So long Michael.
So bad.
La cheminée
par Fourrure le 12/06/2009 à 23h48
C'était l'une de ces fins d'après-midi glaciales du mois d'avril. Un dimanche, de préférence. Loin de chez moi, loin du confort de mon salon, du radiateur. Loin du printemps.
Ce matin même, on y avait presque cru, au printemps. Puis une pluie finie et pénétrante, têtue, était venue briser nos illusions.
"Il est né ce matin, j'ai vu sa mère le lécher, alors je suis remonté à la maison. Je suis repassé vers 5 heures, et j'ai vu qu'il ne bougeait plus. Je l'ai remonté dans le godet du tracteur."
Le veau est étendu, la tête en arrière, les yeux révulsés. Il tremble. Pas de réflexe pupillaire, un c?ur correct. Même pas douze heures d'âge et déjà en hypothermie. Mon thermomètre se déclenche à 33.5°C.
Là, il ne s'est pas allumé.
"Il est en train de crever de froid, votre veau."
Un peu comme moi, mais en pire. Ça, c'est du diagnostic.
"Il va me falloir un seau d'eau chaude, très chaude, et des bouillottes, des bidons plein d'eau bouillante, de la paille, ensuite."
Il n'est pas déshydraté, mais il est forcément en hypotension, et en hypo-tout, d'ailleurs. Une perf de salé, avec du sucre. J'ajoute des corticoïdes dans le flacon, un antibio, en couverture. Un peu de vitamine E, parce que. Avec un bolus d'hypertonique dans la veine. Quitte ou double.
Le gars revient, avec son seau d'eau dans lequel je plonge mon flacon et le serpentin de deux perfuseurs montés en série - pour que le liquide reste le plus longtemps dans l'eau chaude avant d'atteindre sa jugulaire. L'éleveur me regarde comme un veau nouveau-né regarde son premier chat : curieux, voire fasciné, mais complètement perdu. Il me le dira, plus tard : il n'avait jamais entendu parler de perfusions de sucre. Et mes tuyaux interminables, vissés les uns aux autres ! Système D vétérinaire : l'un des charmes du métier. Démerde-toi pour sauver des vies, bricole, trafique, tant que ça marche !
Évidemment, il m'a aussi apporté deux bouteilles d'eau bouillante, comme si 3L d'eau allaient réchauffer un veau de 50kg. Je n'ai rien dit, je les ai posées contre le bébé. De toute façon, je vais avoir 20 minutes à tuer, le temps de passer cette foutue perfusion. Pas trop vite. Si j'arrive à poser l'aiguille dans cette foutue jugulaire de veau en hypotension !
Qui ne réagit même pas, d'ailleurs.
Vingt minutes pendant lesquelles je vais expliquer à l'éleveur que les bouillottes, c'est au moins 40 litres. Il doit bien y avoir des bidons qui traînent ? Que les médicaments et les perfusions, c'est sympa,mais qu'il a surtout besoin de chaleur. Que sa mère n'a pas du le lécher tant que ça, qu'il est resté trempé sous cette pluie glaciale, dans la boue, qu'il n'a sans doute pas téter, qu'il est peut-être un peu hypothyroïdien, c'est fréquent dans la région. S'il vit, on lui filera de l'iode et du sélénium. Oui oui, plein de vitamines, ce sera super mais ce n'est pas ça qui le sauvera, monsieur...
Vingt minutes au bout desquelles je me relève difficilement, les jambes coupées par la position accroupie. J'ai passé ma perf, le veau a l'air toujours aussi mourant, toujours aussi glacé.
Et lui, il me regarde en se frottant les mains. Apparemment, le message du volume des bouillottes n'est pas passé. Trop délicatement suggéré, sans doute, alors j'y vais plus carrément.
"A l'intérieur, ce serait bien, aussi. Dans le garage, contre la chaudière, c'est possible ? Ou alors, vous avec un feu allumé ?"
Il me regarde avec de grands yeux effrayés, alors que je retourne à ma voiture pour rédiger l'ordonnance inutile indiquant les temps d'attente avant consommation de la viande d'un veau qui va mourir cette nuit.
Il attends.
"Vous avez un feu allumé ?
- Oui, oui, vous voulez un café ?"
OK.
Je suis fort, je suis un homme, je suis vétérinaire.
Je prends le veau dans mes bras. Il pends comme un cadavre, mais un cadavre qui respire. Le poids des corps morts. A mon avis, c'est un nouveau-né de... au moins 100kg !
Les yeux de l'éleveur roulent.
Je prends le chemin de la maison, il trottine à mes côtés. Ce veau pèse le poids d'un âne mort, mais, je suis vétérinaire, je suis un homme, je suis fort, je souris l'air de rien, en apnée. Foutue montée ! Cette maison est au moins à 10km ! 500 mètres de dénivelé entre la stabulation et le seuil de la porte !
Deux minutes plus tard, l'éleveur ouvre cette foutue porte d'entrée et se glisse devant moi. Il a l'allure de celui qui subit. Une autre porte. Un véritable sas avant le salon, sa grande cheminée en briques, presque un cantou. J'y pose le veau après avoir balayé le tisonnier avec ma botte boueuse.
Il y a un cadavre dans la cheminée de madame. Un cadavre de bovin, en plus. Mais un cadavre qui respire !
"Mais il va crever, oui !
- C'est très probable, madame, et s'il survit, il aura sans doute des séquelles, mais s'il reste dehors, il mourra, il est en hypothermie, il faut le réchauffer, il fait trop froid là-bas."
Monsieur a déjà presque disparu sous la table.
Une magnifique table en chêne parfaitement cirée, sur une superbe tommette impeccablement entretenue. Un chemin de table sans un pli. Des cuivres rutilants. Une cheminée sans poussière. Des petits chaussons, dans le sas. Les traces de mes bottes boueuses. Un cadavre de veau qui respire dans la cheminée. Je tiens à cette respiration.
Et puis, j'aurais mieux fait de passer cette perf' ici, il fait bon.
Personne n'ose rien dire. Je profite honteusement de mon aura de véto pour imposer ce nouveau-né ici. Dans cet univers éloigné d'au moins 100km de la stabulation. Au moins.
Et je m'éclipse.
Il aura survécu, finalement. L'éleveur m'en parle encore. Sa femme, je ne l'ai pas revue, pour le moment. Le veau est resté une nuit au chaud. Sa nièce est passée le soir même, quelques heures après moi. Elle a suggéré de prendre des photos du veau dans la cheminée. Il a refusé : pas envie d'avoir des souvenirs d'un veau mort dans sa maison.
Il le regrette, maintenant. Le veau a survécu, se porte parfaitement bien, et sans séquelle, s'il-vous-plaît.
Ma perfusion de chlorure de sodium additionnée de dextrose et son double serpentin sont devenus célèbres dans le canton. En plus, j'avais mis une vitamine conditionnée avec un colorant rouge, dedans, la couleur rouge, c'est trop classe.
Parfois, on réalise de véritables exploits diagnostiques ou chirurgicaux. Personne n'est là pour les apprécier.
Et d'autres fois, on bricole un truc avec deux bouts de plastique et on commet l'inconcevable. Franchir une porte avec un veau. Et tout le monde vous en parle.
Allez comprendre.
La prothèse
par Fourrure le 07/06/2009 à 17h04
Un dimanche de garde comme les autres, avec ses urgences, ses bobos, ses chiens hospitalisés... et ses appels surréalistes.
- Je suis bien à la clinique du Dr Fourrure ?
- Oui, bonjour, c'est lui même.
- Ah docteur c'est terrible ! Le chien de mon amie a rompu sa prothèse.
- Hein ?
- Oui, elle a cassé !
- Mais quelle prothèse ?
Silence au bout du fil. Il a éloigné le téléphone de sa bouche, et s'adresse à quelqu'un d'autre.
- Elle est où, sa prothèse ?
- Mais à la patte enfin !
Une voix féminine. Retour au téléphone.
- La prothèse de sa patte, enfin !
- Mais mais mais... de quel chien s'agit-il ?
- Et bien, du chien de mon amie.
- Mais...
- C'est un caniche, il s'appelle Filou
- Mais... je ne situe pas. Je suis désolé.
- Ah mais sa prothèse s'est cassée !
- Oui, bon, mais il a mal ?
- Ahlala c'est qu'elle est cassée !
- Bon, et bien, écoutez, amenez-le moi de suite si vous voulez !
- Ah bon ? heu... d'accord mais je suis à une demi-heure de route, et il faut que j'aille m'habiller.
- Et bien, disons dans une grosse demi-heure...
Crise de rire sur le fauteuil.
C'est nerveux.
Un vieux monsieur, il a l'air très gentil, mais vraiment, une prothèse à la patte ? Nous n'avons pas posé de fixateur externe depuis longtemps, et je ne vois pas de quelle prothèse de ligaments croisés il pourrait s'agir.
On verra bien.
En tout cas, il n'avait pas l'air enthousiasmé à l'idée de venir. Curieux pour un tel appel.
Saut que le téléphone a re-sonné un instant plus tard.
- Oui, je vous rappelle au sujet de la prothèse.
- Oui ?
- Bon, et bien, j'ai bien réfléchi.
- Et ?
- C'est votre collègue, dont la clinique et à 20 mètres de chez moi, qui l'a opéré.
- Ah, et il n'est pas disponible ?
- Non, j'ai téléphoné, et on m'a envoyé ailleurs.
Ailleurs, comme chez un confrère d'une grande ville à une heure de route, capable de gérer un cas d'orthopédie merdique, ok.
- Et ensuite je vous ai appelé.
- Oui ?
- Et bien finalement le chien s'est couché dans son panier.
- Il a l'air de souffrir ?
- Heuuu non pas du tout. Il est couché.
- Mais c'est une prothèse de quoi, finalement ?
- Et bien, de la patte.
- Il a une patte artificielle ?
- Mais non docteur, c'est juste une prothèse !
- Ah, bon, pas de barre de métal qui sort ni rien ?
- Non, rien de tout ça, il l'a depuis deux ans.
- Bon, et bien vous l'amènerez demain à mon confrère qui l'a opéré, alors ?
- Oui, oui, je pense que c'est plus raisonnable.
- Bon, d'accord, mais vous lui interdisez de se promener sans laisse, de monter ou descendre des escalier, et vous ne lui donnez aucun médicament à vous, hein, s'il ne souffre pas.
- Heuu, d'accord.
- Pas d'aspirine, pas de di-antalvic ou d'efferalgan, rien du tout, les doses ne seraient pas adaptées et certains de ces médicaments sont toxiques pour les chiens, donc s'il ne souffre pas et que sa patte n'est pas gonflée, il n'en a pas besoin, d'accord ?
- Heu oui, oui, je suis vraiment désolé de vous avoir embêté hein...
Pas de quoi, ça m'évite un aller-retour à la clinique pour gérer un truc donc je ne connais pas le début du commencement.
Et moi j'imagine la scène chez son amie, entre elle qui doit être affolée alors que le chien dort en rond dans son panier, et lui qui n'a pas plus envie que ça de se taper trente minutes de route et une consultation au tarif de garde...
Il a tout essayé
par Fourrure le 31/05/2009 à 11h44
Le vétérinaire : Mais il est couvert de puces votre chien !
Le vieux bonhomme, résigné : Ne m'en parlez pas, j'ai tout essayé...
Le vétérinaire, pas convaincu : Tout ?
Le vieux bonhomme, catégorique : Tout.
Le vétérinaire, avec une puce qui lui court sur la main : Shampooings, pipettes, sprays ?
Le vieux bonhomme, avec un grand geste de la main : J'ai commencé par un bain de vinaigre blanc.
Le vétérinaire, sentant venir le n'importe quoi : Mouais, mais ça, c'est juste bon à faire fuir ce qui est sur le chien...
Le vieux bonhomme, qui n'a pas fini : Ensuite, j'ai essayé l'essence de lavande.
Le vétérinaire, fataliste : Ce qui a du bien lui déboucher les narines...
Le vieux bonhomme, biologique : Puis une amie m'a donné une solution avec des huiles et des trucs qui sentait le thym et le citron, je l'ai baigné là-dedans.
Le vétérinaire, résigné : Au moins, ça devait sentir bon.
Le chien, sur la table, remue la queue. Des puces grouillent sur son arrière train et entre ses testicules, certaines semblent mesurer la distance jusqu'au bras du vétérinaire et du vieux bonhomme, juste à côté.
Le vieux bonhomme : Alors, je ne me suis pas démonté, je lui ai mis un collier anti-puce.
Le vétérinaire, goguenard : Et vous avez pu constater qu'aucun collier anti-puce ne fonctionne.
Le vieux bonhomme, remonté : Alors j'ai essayé la fleur de soufre !
Le vétérinaire, qui se demande quand ça va s'arrêter : Il paraît que c'est bon pour la peau.
Le vieux bonhomme, content de lui : Oui, avec du talc et de l'huile d'olive.
Le vétérinaire, patient : Il devait avoir de l'allure !
Le vieux bonhomme, pas démonté : Après j'ai employé les grands moyens !
Le vétérinaire, un brin moqueur : Des insecticides spécialement prévus pour les puces sur les chiens ?
Le vieux bonhomme, catégorique : Ah non, j'ai mis du spray l'an dernier, ça n'a pas marché.
Le vétérinaire, pédagogue : 4 coups de pompe par kilo de chien ? Ca en fait 80, vous lui avez vraiment mis 80 coups de pompe ? En général, les gens arrêtent avant, du coup, ça ne marche pas, effectivement...
Le vieux bonhomme reste silencieux. Le vétérinaire s'apprête à poursuivre, en constatant qu'on voit encore le scrotum du chien sous les puces qui grouillent.
Le vétérinaire, toujours pédagogue : Vous devriez plutôt utiliser les pipettes, au moins, vous mettrez la bonne dose, et sur du moyen terme, vous seriez débarrassé.
Le vieux bonhomme, balayant les pipettes d'un revers de la main : J'ai passé le chien au gasoil.
Le vétérinaire, résigné : Il paraît que certains prennent des bains de pétrole.
Le vieux bonhomme, affirmatif : En tout cas, ça lui a fait tomber toutes les puces.
Le vétérinaire, qui connaît la suite : Mais dix jours après, vous en aviez autant, puisque les ?ufs et les larves qui étaient dans l'environnement ont éclos, et sauté sur votre chien.
Le chien remue toujours la queue sur la table, il semble confirmer.
Le vétérinaire, qui poursuit sur sa lancée : L'avantage des pipettes, c'est que ça agit un mois. Certaines rendent même les ?ufs des puces stériles, on peut aussi traiter l'environnement avec des solutions à pulvériser, ou des fumigènes pour l'intérieur de la maison.
Le vieux bonhomme, qui saisit la perche : Tout à fait, j'ai donc passé tout le chenil au grésil.
Le vétérinaire, qui ne veut pas braquer : C'est mieux que rien.
Le vieux bonhomme, encouragé : Du coup, j'y ai passé le chien aussi.
Le vétérinaire, diagnostique : Ce qui nous amène au problème de peau qui est le motif de consultation de ce jour.
Je vous rassure, le chien a vraiment une peau d'une excellente qualité. Il s'en est très bien tiré.
Fil de fer
par Fourrure le 23/05/2009 à 14h25
La plupart du temps, l'éleveur m'appelle parce qu'elle a le dos voussé, ou qu'il la trouve patraque, ou qu'elle ne fait plus de lait. La fameuse chute de lait, premier symptôme de la vache laitière malade, celui qui ne veut rien dire, sinon qu'elle est malade.
Lorsqu'on la regarde de loin, elle a cette attitude plus ou moins marquée du bovin qui souffre. C'est souvent discret. Une raideur dans la démarche, une respiration un peu trop rapide, un peu trop appuyée. Parfois, elle se tient là, au cornadis. Ou au milieu de la stabulation, patiente. Elle a sans doute le dos voussé, mais ce n'est pas systématique. Le plus souvent, elle ne rumine plus, ou beaucoup moins que la normale. Sa tête allonge son encolure, très raide. Au pire, elle a la bouche ouverte, et bave.
Souvent, elle a un petit 39.1, ou pas de fièvre du tout. Par contre, en général, elle ne mange pas. Pire, elle ne rumine plus. Ou mal. Par contre, un transit digestif se maintient.
Lorsqu'on l'ausculte, le plus souvent, on ne trouve pas grand chose. Une fréquence cardiaque trop élevée, un reflux jugulaire marqué. Sa panse fonctionne au ralenti, ou pas du tout, répondant à l'arrêt de rumination.
En général, elle vient de vêler, mais ce n'est pas systématique.
Avec les corps étrangers, rien n'est systématique.
Corps étranger ?
Fil de fer. Barbelé. Ou tout autre bout de ferraille, clou, cavalier, n'importe quoi. Un rumen, plus communément appelé panse, c'est comme une grosse machine à laver qui brasse des millions (milliards ?) de bactéries et de fibres végétales, un gros incubateur destiné à digérer ce qu'aucun mammifère ne peut digérer : l'herbe et ses glucides complexes. Les micro-organismes digèrent ce que la vache avale, et la vache digère les micro-organismes. Le souci, c'est que lorsqu'une ferraille se balade là-dedans, elle a tendance à aller se planter dans la paroi du réseau, petit pré-estomac attenant à la panse. Le fil de fer se plante, et au fil des contractions, s'enfonce dans la fine paroi du pré-estomac. Derrière, il y a la cavité abdominale, et le foie. Heureusement pour les bovins, leur organisme possède des capacités exceptionnelles de cicatrisation. Sans doute pour compenser leur tendance à avaler n'importe quoi... La fibrine, fruit de la réaction inflammatoire, est souvent capable d'emprisonner le bout de ferraille qui dépasse un peu du réseau.
Et tout va bien.
Jusqu'au jour où la vache vêle. La vache pousse, le veau sort, et, éventuellement, le bout de fer plus ou moins stabilisé aussi. S'il y avait un abcès enfermé, autour du corps étranger, il peut aussi se rompre et se déverser dans l'abdomen.
La vache risque la péritonite. Et s'il elle a juste un peu plus de chance, le fil de fer peut partir se balader vers le foie, traverser le diaphragme, serpenter un poil et finir dans le péricarde, voire dans la paroi cardiaque. Du pus peut alors se former dans le sac qui enveloppe le c?ur (on appelle ça le péricarde). Et même si la vache a d'exceptionnelles capacités de cicatrisation, en général, ça finit mal.
Voilà ce que l'on résume par "fil de fer".
Évidemment, on peut être à n'importe quelle étape du processus. S'il y a une péricardite, les symptômes sont tels que je peux difficilement les louper. Un c?ur qui fait un floutch floutch assourdi au lieu d'un beau poum ta sec et sonore, c'est mauvais signe. Si on aime convaincre son auditoire, et si on aime les diagnostics spectaculaires, surtout si l'éleveur ne veut pas entendre que la vache va mourir, il existe une technique imparable : prendre une aiguille très longue et, d'un geste théâtral, la planter droit sur le c?ur. Normalement, on aboutit dans le péricarde. Mon record : deux litres de pus. Accessoirement, ça soulage la vache, même si ça ne la sauvera pas. Une réticulo-péricardite traumatique (RPT pour les adeptes de TLA), ça ne pardonne pas.
Et puis il y a toutes ces vaches qui n'en sont pas là, qui ne sont pas si malades, qui ont juste un bout de fil de fer planté dans le réseau, ou pas, qui bricolent, qui ont l'air d'avoir un peu mal, à qui ont donne un coup de pied en regard du réseau, pour voir si ça fait mal, ou à qui on pince le garrot pour voir si elles accepteront de plier leur colonne vertébrale vers le bas (et donc d'appuyer là où ça fait mal, en bas), autour desquelles on tourne, on cherche, ou farfouille. Pour, en général, ne rien trouver. Quand le signe du garrot est positif (quand elle refuse de se plier), c'est qu'on n'avait pas besoin de le tenter pour savoir ce qu'avait la vache.
Alors on pose des diagnostics de fil de fer quand on ne trouve rien d'autre et que les symptômes, très frustes, collent. On fait avaler un gros aimant à la vache, en espérant qu'il retienne le fil de fer. On colle un coup d'antibio, histoire de. Des poudres pour faire ruminer. Et puis on attends, on espère. La plupart du temps, la vache reprends sa vie, cahin-caha, et nous déconseillons formellement de la faire vêler à nouveau : si la ferraille y est toujours, elle pourrait bouger à nouveau.
Ah, et puis on peut aussi essayer la poêle à frire. Vous savez, le détecteur de métaux, pour entendre le frshhhhh qui va bien s'il y a du métal là, de l'autre côté de ce cuir. L'idée géniale, non ? Puisque c'est très difficile à diagnostiquer, et qu'il paraît peu envisageable de faire des radios à une vache, on va utiliser un détecteur de métaux. S'il bippe, c'est qu'il y a un fil de fer, et hop, on a la solution !
Ou pas. Non, vraiment. En fait, ce truc, c'est complètement inutile, voire néfaste : amusez-vous, un jour, si vous vous retrouvez avec l'un de ces engins entre les mains. Passez toutes vos vaches au détecteur de métaux. Vous allez apprécier le concert. Ces bestioles avalent vraiment n'importe quoi. Si ça bippe, ça veut juste dire qu'il y a du métal. Pas que la vache est malade à cause d'un foutu fil de fer planté dans son réseau. Et si ça ne bippe pas ? Ben ça ne veut pas non plus dire qu'il n'y a pas de corps étranger. Plastique, verre, bois, cordes, une vache peut vraiment avoir n'importe quoi dans la panse, et la plupart de ces trucs l'empêchent de fonctionner correctement. Ma plus belle trouvaille lors qu'une autopsie fut une tête de poupée (non, elle n'est pas morte de ça, enfin la vache, pas la poupée). Mais j'y ai aussi trouvé 10 mètres de cordes irrémédiablement agglutinés, des bâches, des pierres, et plein de trucs pas identifiables.
Cette poêle à frire m'amène à parler de quelque chose que j'aime beaucoup. L'imputabilité : si je trouve quelque chose, est-ce que ça veut dire que ce quelque chose est responsable des symptômes que j'observe, et, plus largement, de l'état de la bestiole ? C'est une des plus jolies problématiques du diagnostic, la culture du doute...
Un peu de parasitologie...
par Fourrure le 12/05/2009 à 13h43
... juste pour le plaisir.
Je vous avais déjà parlé des coproscopies. Pour ceux qui n'ont pas suivi, ou pour les flemmards, c'est un examen qui permet de détecter et d'observer les ?ufs des vers dans les selles. Les identifier et les compter permet de réaliser des vermifugation raisonnées, ainsi que des diagnostics de parasitisme pathologique.
L'autre jour, j'ai oublié l'une de ses coproscopies sur la paillasse de mon petit labo, et n'ai pensé à la regarder que le lendemain... pour observer que les ?ufs avaient évolué, passant du stade d'?uf à proprement parlé à celui de larve. La maman de ce charmant parasite est un strongle, du genre Cooperia (curtecei ?), Haemonchus (Haemoncus contortus dans ce cas) voire Teladorsagia (circumcicta ?). Ce sont tous des nématodes, c'est à dire des vers ronds du même type que les spaghettis parfois vomis par les chiots et chatons très parasités.
La bestiole est une larve qui est restée dans son ?uf, ce qui serait la tendance évolutive de ces nématodes parasites. Ce phénomène de mue avant éclosion s'appelle la séclusion, et le stade suivant est l'éclosion (comme les poussins !) : la séclusion protège la larve, très fragile. L'évolution est extrêmement rapide, puisque la coproscopie avait moins de 15 heures, ce qui vous démontre pourquoi il faut des selles très fraîches pour réaliser une coproscopie interprétable : je serais arrivé quelques heurs plus tard, il n'y aurait plus rien eu à voir que des coques vides, non identifiables.
Je ne sais pas par contre de quel stade larvaire il s'agit (Larve 1, 2 ou 3, oui, les noms des stades sont très originaux).
En cycle normal, le ruminant ingère des larves trois dispersées dans les prés, ces L3 muent en adultes dans sa caillette, ou son intestin, et se mettent à pondre des ?ufs, qui sont éliminés avec les selles. Les ?ufs deviennent dans le milieu extérieur des L1, puis des L2, et enfin des L3, etc. Les adultes ne sortent jamais, c'est pourquoi vous n'en trouverez pas dans les matières fécales !
Il existe d'autres cycles, plus complexes, mettant en ?uvre des hôtes intermédiaires. Celui que je vous décris est l'un des plus simple qui existe.
Voilà, juste un petit billet vous montrer un univers qui me fascine. Mon microscope est réellement l'outil que je préfère dans ma clinique, et la parasitologie, un univers loufoque et foutraque où le but du jeu est de débusquer des bestioles qui ont passé des millions d'années à parfaire des cycles tous plus complexes les uns que les autres, au plus grand déplaisir de nos amis familiers (et sauvages !).
PS : je rassure tout le monde, je me suis un peu replongé dans mes bouquins avant d'étaler ma science !
Variété
par Fourrure le 09/05/2009 à 21h05
Le billet aurait aussi pu s'intituler : une journée de rêve.
Parce que vétérinaire, c'est dur, c'est parfois violent, souvent usant. Mais c'est aussi un métier magnifique, et, parfois, le fantasme de Daktari ressort. Le docteur de tous les animaux, avec sa blouse blanche, parfois, existe aussi.
1h00 - Le téléphone sonne. J'ai changé ma sonnerie, mais je la déteste déjà...
"Allo, je suis désolée, je viens de rentrer, on ensilait, et j'ai une vache dans le pré, sur le dos, elle est gonflée et en plus elle est à terme !"
La vache n'était pas prête à vêler, mais, couchée le dos vers la pente, la tête plutôt vers le bas, et gravide jusqu'au cou, elle ne pouvait plus se relever, surtout avec sa gestation avancée... Les estomacs étant un peu en vrac, elle ne pouvait plus éructer, et gonflait, gonflait, gonflait. Sous la bruine tiède, dans la boue et le brouillard, sous les phares du vieux Massey-Ferguson, un petit tour à 180°, des anti-inflammatoires, une perfusion et un bon seau d'eau, et c'était reparti comme un p'tit veau.
8h30 - "Ma vache a une piro !
- Encore ?
- Une autre !
- Encore ?
- ..."
Bon, on verra plus tard, là j'avale mon café et je file à la clinique. 5 piros en quatre jours, quand même, c'est une sacré anazootie ! (et je mets des mots savants peut-être à mauvais escient si je veux).
9h00 - Ouverture de la clinique - Deux chats
"Bonjour, je vous ai amené Poupoune qui a un coryza et Loutron qui est bizarre".
Deux examens cliniques et une grosse discussion plus tard, avec quelques griffes dans le bras, la dame repart avec un traitement pour chacun des chats que je reverrais après-demain, et un traitement préventif pour le reste de l'effectif. Je crois que je n'arriverai jamais à la convaincre de les vacciner...
9h25 - Retrait de points
"Elle pose la patte bizarre, quand même."
Tu m'étonnes, John. Ta labradore, on lui a ouvert le genou et tu l'as laissée courir dès le lendemain sous prétexte qu'elle est intenable. Maintenant les sutures ligamentaires ont lâché et elle a la rotule derrière le genou, elle n'a pas lu le mode d'emploi. Ça, je réfère, trop compliqué pour un généraliste comme moi.
9h50 - Contrôle d'évolution d'abcès.
"Dites, Milou (mais c'est un nom idiot pour un chat), il évolue plutôt bien pour un chat qui a eu la gueule à moitié ouverte par un blaireau. Parfait, on continue."
10h05 - Ce matin, un lapin...
"Ben il est mort ce matin, vous pouvez me l'autopsier ?"
Pas de problème, je vous appelle quand c'est fait.
10h20 - Vêlage - "J'arrive de suite"
"J'te l'dis Fourrure, il est mort le veau, sors moi ça d'là.
- Jte l'dis mon gars, il est vivant mais il est un peu fracassé, tu vas avoir du boulot pour le maintenir en vie. La mère va bien, impec.
- J'te l'dis Fourrure, faut être malade pour faire nos métiers."
10h45 - Piro
"Mais vous avez mis du produit anti-tiques sur vos vaches ?
- Ben oui, à la première piro, mais c'était il y a trois jours et...
- Et on est encore dans la période d'incubation, ok.
- Et pis celle-là elle boite.
- Et pis celle-là je veux bien parier qu'elle va vous faire aussi une piro.
Un sondage urinaire et trois vaches traitées plus tard, direction le centre équestre.
11h45 - Urticaire géant
"Joli réaction !"
Une intraveineuse, quelques caresses, une bonne discussion sur le beau temps et le sens de pousse des feuilles, direction la maison !
14h00 - J'ai attrapé Titoune !
"Et je pense qu'il a pareil que Poupoune et Loutron, et qu'il est aussi aimable. Vous êtes sûre que vous ne voulez pas qu'on les vaccine une fois qu'ils iront mieux ?
- J'ai aussi amené un chaton de trois semaines, c'est un mâle ou une femelle ?"
14h20 - Coup de téléphone motivant
Mirza vieillit mal et commence vraiment à présenter des troubles de comportement inquiétants, le traitement mis en place est inefficace. Ça a l'air mal barré, on essaie un autre traitement et quand ça devient intenable, ou dangereux, on l'endort.
14h30 - "Il est pas beau mon bébé ?
- Il est magnifique, joli petit chien. Un futur 60kg, vous êtes au courant ?
- Oui, mais j'ai déjà un St Bernard.
- Alors..."
Puce, vaccins, croquettes, vermifuge et j'en passe. Rappel dans trois semaines !
15h10 - Coup de fil
"Pour deux veaux déshydratés, je peux faire quoi ?"
15h20 - Coryza des familles
"Et vous avez combien de chats ?
- 14, ils vivent libre et heureux !"
Pas castrés, et pas vaccinés.
Traitement individuel et collectif, un frottis conjonctival conforte mon impression : coryza viral, on n'est pas sortis.
On discutera SIDA du chat et leucose féline si ça ne va pas mieux, hein ?
15h50 - "Oh mais qu'est-ce que c'est que ça !?
- Une chèvre angora madame, et coryza ou pas, elle ne mangera pas votre chat !"
Une mammite, une écho-de-gestation-juste-pour-le-plaisir, je vois les valvules du chevreau alors que mes échocardios de chiens sont nulles, super...
Antibiotiques, anti-inflammatoires, et ça devrait aller.
En plus elle a bouffé le bouquet de fleurs des champs laissé sur le bureau ! (véridique ! La précédente avait tenté de manger le mobilier, alors finalement...)
16h00 - Autopsie de lapin
Avec coproscopie. Malgré les traitements, c'est une coccidiose massive. On va adapter tout ça, et ça va être compliqué. Les lapins de ferme, quand ça ne va pas, c'est l'enfer.
16h05 - En passant
"Mais il va pas la faire avortier, vot' vaccin ?
Non, et si on ne la vaccine pas et qu'elle chope la FCO, là, elle avortera."
16h40 - Nombril de veau
Et comme l'éleveur ensile, je me démerde tout seul. Une bonne infection, mais pas méchante. Il arrive même à me faire tomber en me bousculant après m'avoir balancé un bon coup de tête dans les parties (genre, comme quand je tête ma mère, et bam ! bam ! bam !).
17h20 - Suivi de reproduction canine
5ème frottis vaginal, et l'amstaff est enfin en ?strus, je vais faire un test sérologique pour voir où en est l'ovulation. Verdict : elle va voir le mâle après-demain au plus tard. Et en même temps, j'explique les changements de traitements au propriétaire du lapin.
18h10 - "Vous êtes fermés le samedi ?
- Non, pas encore...
- C'est pour des croquettes !"
18h20 - Ma poule ne se tient plus !
- Et si elle était moins parasitée, elle irait mieux."
Encore une coproscopie et un traitement d'effectif...
18h40 - "Mais on n'a pas encore fait la commande de médicaments ?!
- Non, et il faut faire la caisse aussi..."
Et en plus, je suis de garde pour tout le week-end. Bah... on verra bien !
Le dernier veau
par Fourrure le 02/05/2009 à 17h45
Une sonnerie.8h35, je suis de garde mais la clinique ouvre à 9h00. Probablement encore un client qui veut un rendez-vous. Je ne prends même plus la peine de répondre : si c'est urgent, il laissera un message. Sinon, il rappellera.
Et ça n'a pas manqué, le bidibidip du message. Combien vous pariez que c'est le bruit d'un téléphone qui raccroche ?
"Oh. Il dit qu'il est en intervention, qu'est-ce que je fais ?"
Elle a le téléphone loin de la bouche, je l'imagine le bras ballant. J'entends une autre voix derrière elle. Je la vois très bien dans l'entrée de sa maison, je l'ai déjà reconnue.
"Oh. Merde. Et bien, laisse un message ?"
J'allais le dire.
"Oui bonjour, c'est Mme Colucci, c'est pour un vêlage, ce sont des jumeaux et ils viennent à l'envers, c'est urgent."
Je suis déjà dans ma voiture. Sur la route, le téléphone sonne à nouveau, même numéro. Je lui confirme que j'ai bien eu le message, et que j'arrive. Moins de dix minutes entre appel et présence sur site.
La lourde porte coulissante de l'étable s'ouvre alors que je gare mon utilitaire, en décrochant ma ceinture du même geste. Je suis déjà en train de farfouiller dans le coffre lorsque M. et Mme Colucci s'avancent vers moi, avec cette allure pesante que l'on attribue aux sénateurs. Lorsque je sors la tête du coffre pour dire bonjour, j'ai déjà enfilé ma chasuble de vêlage, les gants et de fouille et je tiens ma "boîte à naissances" à la main.
Mon "bonjour" plein d'entrain crée un contraste étonnant avec leurs mines d'enterrement. Au fil des questions, je m'avance vers l'étable en apprenant qu'il s'agit d'une vieille-vache-mais-pas-trop, d'un grand gabarit, et qu'il lui semble que ce sont des jumeaux, parce qu'il y a une tête et des pattes arrières. Il n'oublie pas de préciser dix fois qu'il n'est pas certain, bien entendu, de ce ton qui annonce qu'il n'a pas de doutes sur la question.
Je m'avance jusqu'à la porte...
J'avais oublié.
Une vache me regarde, la queue comiquement levée sur une contraction. Un sacré grand gabarit, oui. Elle a l'air d'aller très bien. Mais ce sont les deux génisses qui attendent de l'autre côté du grand bâtiment qui me ramènent à une douloureuse réalité. Cela fait un mois que le troupeau de M et Mme Colucci a été dispersé... Elles ne sont plus que trois. Je dis distraitement bonjour à une troisième personne, un inconnu que j'imagine être un voisin avant que l'on m'explique qu'il est venu chercher la vache.
J'ai la gorge un peu serrée, loin de cette jovialité qui accompagne les vêlages dont on devine qu'ils se passeront bien, ces vêlages où priment l'expérience et l'observation, faits de man?uvres obstétricales et d'efforts physiques, sans césarienne, sans danger pour la vache, et probablement sans danger pour le veau. Un drame familial a précipité la retraite de ce couple d'anciens qui appartiennent autant à la région que ses collines, ses moujetades ou ses sangliers - aussi mal embouchés que leurs chasseurs.
Elle avec sa masse imposante, son tablier bleu rayé de blanc et ses improbables couettes, lui, frêle, en blouse bleue, toujours éclipsé par la présence de son épouse. Des éleveurs de veaux sous la mère dont les produits étaient reconnaissables sur n'importe quel marché, sans confusion possible. Immuables, invariables, comme les Pyrénées.
Il n'y a pas de jumeaux. Le veau est sur le dos, les pattes en l'air, et ce sont bien des antérieurs. Ils sont placés de telle manière que M. Colucci et l'acheteur de la vache ont confondu les coudes et les jarrets. Un classique. Le passage est large, le col est déjà dilaté, il n'y a qu'une petite torsion qui sera vite résolue... Le veau est vivant.
C'est un vêlage comme je les aime, fait de tractions à la main, en harmonie avec les efforts de la mère, sans palan ni vêleuse, dont on ressort les narines pleines du parfum du liquide amniotique, les oreilles assourdies par les mugissements de la vache qui réclame son veau, les yeux emplis de l'image du nouveau né qui secoue la tête d'un air indigné en se recevant son premier seau d'eau glacée à la figure.
Avec l'odeur de la paille et du fumier, l'air frais du matin sur mes bras dénudés. Les mains lavées dans l'eau glacée, avec un bout de savon de Marseille et un essuie immaculé.
Un de ces vêlage que l'on a envie de partager avec ses amis et sa familles, avec ses lecteurs, parce qu'ils sont tout ce que j'aime dans ce métier.
Un de ces vêlages parfaits, mais auquel il manquerait le brouhaha caractéristique des vaches curieuses, l'indifférence des vieilles rombières, les coups de langue adroits des veaux qui tentent de saisir ma blouse à travers les barreaux de leur boxe.
Un vêlage parfait, s'il n'y avait les larmes de Mme Colucci, incongrues et saisissantes, une fontaine à la mesure de sa masse et de ses couettes. Mme Colucci qui se frotte les yeux en s'excusant d'une voix de chagrin de petite fille.
Son mari la regarde avec le visage réservé aux funérailles des amis.
L'acheteur est piteux, discret.
Et moi, le vétérinaire. Je suis sans doute là pour la dernière fois, acteur et témoin privilégié de ce petit morceau d'histoire humaine, le c?ur serré, à me demander quand viendra mon tour.
Moi, qui ai envie de m'asseoir dans la paille et de serrer ce veau contre moi. J'imagine Mme Colucci, une fois seule, accomplir ce geste d'adieu et d'amour.
Il n'y en aura qu'un à ne pas penser aux jours anciens.
A secouer la tête, en tentant, déjà, de se relever avec vigueur et maladresse, avec ces gestes instinctifs d'une fulgurance déséquilibrée, ses grands yeux noirs de chevreuil et son poil collé.
Sa mère le lèche avec passion.
Le dernier veau.
Une évidence
par Fourrure le 25/04/2009 à 20h45
Il est 19h00, la clinique doit fermer ses portes. L'après-midi a été très calme, une de ces après-midi de fin de mois dont on devine qu'elle préparent la suractivité de la semaine suivante...
Depuis une heure, j'attends une chienne que je suis depuis des années. Je l'avais sauvée d'un pyomètre (une grave infection de l'utérus) trois ans auparavant, puis d'un coup de chaleur l'été dernier. Bon an, mal an, elle traînait ses 15 années de labrador de ferme et me réservait toujours un accueil heu... bruyant et expressif quand je me garais dans la cour de la ferme.
Il est 19h00, et je vais rentrer chez moi.
Ou pas.
La voiture se gare juste devant la porte, et en sort M. Adour, qui se penche à l'arrière de sa voiture pour déposer, devant mes pieds...
Une évidence.
Petra est là, sur le paillasson, lorgnant sur la porte de sortie.
Elle va mourir.
Elle respire extrêmement vite, et en discordance : ses mouvement respiratoires sont disharmonieux. En langage médical, pour cocher les cases, on dirait dyspnée, tachypnée et discordance. Sur la table de consultation, j'écoute son c?ur, puis ses poumons. M. Adour marmonnent quelques propos inintelligibles dans la sphère du stéthoscope. Lorsque j'ausculte un animal, je n'entends plus rien que les vibrations et les ronflements, les battements et les souffles. L'isolation phonique est excellente, et mon esprit est ailleurs : il analyse, il sépare les sons, il interprète déjà. J'ai levé l'index en m'excusant. Une respiration bruyante, mais très audible, un c?ur très rapide mais régulier. J'ôte mon stéthoscope.
"Vous disiez ?
- Elle n'est pas bien depuis trois ou quatre jours, mais ça ne fait que deux jours qu'elle ne mange pas.
- Elle ne tousse pas ?
- Non, pas du tout."
Petra est debout, devant moi. Ma main gauche palpe ses mamelles, ma main droite tient le thermomètre. 38.3, et des tumeurs mammaires de grosse taille.
Pas de fièvre, pas de signes d'infection pulmonaire, pas de trouble cardiaque : carcinome mammaire terminal, à métastases pulmonaires.
Dis plus simplement : Petra va mourir. Elle n'aboiera plus jamais sur ma voiture.
"OK, on va faire une radio, M. Adour."
Il n'y a pas de bonne façon de le dire.
"Petra va mourir, M. Adour. Elle a un cancer de la mamelle qui a métastasé partout dans ses poumons. Pour ainsi dire, elle n'a plus de poumons. Vous avez déjà vu des poumons de cochon ? Imaginez que les siens sont blancs, durs, petits, et plus du tout élastique. Il n'y a plus de place pour l'air là-dedans. Elle va mourir, aucun soin médical ou chirurgical ne peut quelque chose pour elle. Il y en a pour quelques heures, au plus quelques jours.
- Un cancer, comme les personnes ?
- Comme les personnes, M. Adour. Comme un cancer du sein en phase terminale."
M. Adour est devant moi, dans la salle de radios, avec cette image sur le négatoscope, près de sa chienne, qui attends sur la table. Allez savoir ce qui se passe dans sa tête, comme il peut encaisser cette double annonce : le cancer, et la mort. Allez savoir qui a un cancer dans sa famille, qui en est mort, et si, lui-même, ne développe pas une pathologie de ce genre... Il est là, attentif, avec son pantalon en toile bleue et ses sabots en plastique brun, camouflage bouse, son gros pull bordeaux et ses cheveux rares.
C'est un cancer comme on n'en voit pas, comme je n'en ai jamais vu. Cette radio est la jumelle d'une diapo vue en cours il y a bien longtemps, un de ces images d'écoles qui illustrent les cas graves en montrant leurs stades extrêmes. La prévention et les traitements précoces sont passés par là, et même une tumeur mammaire mal gérée arrive rarement à cet extrême.
"Mais... docteur..."
Il attends autre chose. Une solution, une réponse. Une piqûre ? Je n'ai rien.
"Je suis désolé, M. Adour. La seule chose que je peux vous proposer, c'est... une euthanasie...
- Ah non alors !
- Ou alors, de la morphine et de la cortisone, pour la soulager un peu. Mais ça n'empêchera rien, ça ne retardera rien, ça ne guérira rien. Ça lui permettra juste de souffrir un peu moins.
- Alors on fait ça.
- Et vous m'appellerez si vous voyez que ça ne va pas du tout."
Il n'est pas prêt, M. Adour. Quinze ans que Petra montre les crocs à toutes les voitures qui se garent dans la cour de la ferme, quinze ans qu'elle toise avec mépris les importuns. J'ai déjà sauvé Petra deux fois, et il l'avait crue morte, à chaque fois. Alors, pourquoi pas aujourd'hui ?
A cause d'une évidence, d'un de ces diagnostics comme on en a rarement. Simple, lapidaire, inéluctable, fatal.
Sur sa fiche informatique, j'ai écrit :
Respire vite depuis 4 jours, ne mange plus.
Pas de fièvre.
Tachypnée, discordance majeure.
Radio : métastases pulmonaires délirantes.
Pronostic défavorable.
Refuse l'euthanasie. Morphine + corticos.
Petra n'aboiera plus sur ma voiture.
En écrivant cette fiche, je me suis demandé si je le libérais. Il a attendu si longtemps, les choses auraient pu tourner autrement, si seulement il s'y était pris beaucoup plus tôt, si cette chienne avait été vue pour autre chose que des urgences. Si nous l'avions vaccinée tous les ans, si, si, si.
M. Adour me regarde, en attendant que je finisse la facturation. Il est silencieux. Figé.
"Vous savez, cela n'aurait pas changé grand chose si vous me l'aviez amenée quand elle a commencé à souffler. Ou même quelques mois plus tôt.
- Mais on aurait pu faire quelque chose ?
- Oui, mais bien avant, il y a des mois, peut-être des années ?
- Ah."
Un silence.
"Mais c'est le cancer, comme pour les personnes ?
- Oui. Comme pour les personnes, M. Adour.
- Alors, c'est comme ça... Il y a les dépistages, il y a les suivis.
- Oui...
- Mais c'est trop tard.
- C'est trop tard."
Car c'est une évidence, simple et cruelle, en tout cas pour moi, avec mon regard de médecin : Petra va mourir, et ce n'est qu'une question d'heure.
Elle aura son trou, au fond du terrain. Peut-être un prunier, ou un pommier.
Elle n'aboiera plus sur ma voiture.
De la tritine
par Fourrure le 10/04/2009 à 12h07
Elle était encore là. A 59 ans, au milieu de ses vaches, sa fourche à la main, avec le soleil levant et le givre sur la paille. J'adorais ses grosses mains calleuses et sa façon de me prendre à partie lorsqu'une quelconque dispute l'opposait à son grand gaillard de fils, plus occupé à semer, labourer ou ensiler qu'à nourrir et manipuler les vaches.
L'éleveuse, ici, c'était elle. Les autres, son mari avec son pastis, ou son fils avec son tracteur, n'étaient que des manutentionnaires.. « Elles ont peur des hommes ! », précisait-elle.
C'est elle qui appelait pour les interventions d'urgence, elle qui envoyait son fils chercher les médicaments à la clinique, elle qui rédigeait la petite note sur un bout de carton ou d'étiquette d'aliment, avec le nom des produits, qu'il tenait dans ses immenses paluches et lisait avec un regard étonné.
Elle me disait toujours qu'elle n'attendrait pas ses 65 ans pour arrêter, qu'elle n'avait plus qu'un an à tirer, et qu'elle rachèterait ses trimestres, ou pas, enfin elle ne savait pas trop, parce que son statut n'était pas très clair. Comme beaucoup, elle avait grandi dans une ferme, était devenue l'éleveuse avant que quiconque se préoccupe de ces femmes quand les exploitations étaient déclarées au nom de leur mari. Qui savait qu'elles travaillaient là, qui prenait en compte ces innombrables heures de boulot, ces semaines de 80 heures sans aucune vacances, aucun voyage, aucun repos ? Quand je pense qu'aujourd'hui, la plupart des papys profitent du prénom de leur femme pour garder 6-10 vaches !
Et elle était là, avec sa fourche, pour une vache qui boitait ou un veau à perfuser, à s'inquiéter et à se ronger les sangs...
« Hé Fourrure, comment ça va aujourd'hui ? »
Elle n'avait pas l'accent du coin, une drôle de manière d'utiliser sa voix inhabituelle, reconnaissable entre toute, à toujours se demander si on ne se moquait pas d'elle ou si on n'allait pas encore la rouler. Une vie à s'imposer.
« Très bien madame, et vous ? »
Une poignée de main, un sourire franc, sans arrière-pensée. Un lever de soleil. Un troupeau de vaches. Qui se demande encore pourquoi je continue la rurale ?
« Oh ben ça va, mais je fatigue un peu, encore à trimer, hein ! Me répondait-elle en agitant sa fourche.
- Mouais, je vois ça, il ne pourrait pas la faire avec son tracteur, la litière ?
- Pas entre les vaches !
- Évidemment...
- Mais là, j'en ai marre, hein, et puis j'ai cette douleur à la poitrine qui me remonte vers le bras gauche, ça m'agace ! »
Elle accompagnait sa précision d'un grand geste démonstratif.
Moi, je blêmissais.
« Une douleur qui partirait du c?ur et qui irait dans le bras ? Comme si on vous étouffait, ou si on vous écrasait ?
Ah oui oui, c'est ça ! »
Son sourire était désarmant.
« Mais vous déconnez ?!
- C'est grave ? »
Désarmant.
« Vous me décrivez une douleur cardiaque typique des prémisses d'un infarctus et vous êtes en train de remuer la paille avec votre fourche, là, toute seule au milieu des vaches ? Vous allez lâcher tout ça et filer voir le médecin, oui !
- Ah ben il ne manquerait plus que ça ! Viens donc plutôt voir cette vache, elle n'a pas délivré... »
J'enfilais mes gants tout en protestant.
« Mais vous allez y filer de suite, hein, juste après que j'ai soigné cette vache ?
- Ça s'rait une belle mort, non ? Dans la paille, au milieu des vaches ?
- Ça s'rait une mort complètement con, surtout, à 59 ans, dans la merde et le fumier ! Et puis c'est quoi une belle mort !?
- Ah vous d'vez avoir raison... »
Elle passait au vouvoiement...
« Mais faut pas s'inquiéter, Fourrure, je prends des médicaments de mon mari, j'en ai pris ce matin, ça m'a fait des bouffées de chaleur mais je suis en forme maintenant.
- Vous avez pris... quoi ?
- De la trine... tritine...
- De la trinitrine sans prescription médicale ?! Mais vous êtes vraiment complètement con ! Mais vous allez crevez bêtement dans la bouse de vos vaches avec vos âneries ! Faut pas déconner avec ces médicaments, ils peuvent être complètement contre-indiqués pour vous, et en plus vous me décrivez des symptômes d'infarctus ! »
En réalité, je n'en savais pas beaucoup plus sur les infarctus que ce que l'on en disait dans les séries télé. Les animaux ne font pas d'infarctus.
J'avais passé dix minutes de plus à argumenter. J'étais reparti inquiet. En début d'après-midi, j'avais hésité à téléphoner à son médecin. Et puis les visites sont passées et je n'y ai plus pensé.
Le lendemain, j'interceptais une conversation entre une inconnue et l'une de nos secrétaires.
« Vous imaginez, elle a dit à l'accueil de l'hôpital... »
Interruption brutale.
« Qu'est-ce qui se passe ? Qui est à l'hôpital ?
- Oh docteur vous ne savez pas ce qui est arrivé à ma s?ur ?
- C'est la s?ur de Mme Bleuet, précisa ma secrétaire.
- Et elle va bien ?
- Elle va très bien, elle se repose, elle est allée à l'hôpital parce que vous lui avez fait peur !
- C'est pas dommage...
- Et ils vont la garder un peu, elle a passé beaucoup d'examens et elle a déjà un traitement...
- Ah !
- Mais vous ne savez pas ce qu'elle a raconté à l'accueil de l'hôpital ? Quand ils lui ont demandé le nom du médecin qui l'envoyait, elle a donné votre nom ! Comme ils ne vous connaissez pas, elle a du préciser que vous étiez son vétérinaire, et que vous aviez suggéré qu'elle signale qu'elle avait pris les médicaments de mon beau-frère. »
Sans déconner...
Oui, c'était ici, je vous en avais déjà un peu parlé...
Chiens dangereux - le commentaire d'un policier
par Fourrure le 08/04/2009 à 16h06
Juste un petit mot pour signaler le très intéressant message d'un policier laissé sous mon billet consacré à la loi de 2008 sur les chiens dits dangereux.
Merci.












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